L’affaire Couriau – Marie-Victoire Louis

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Le texte sur le site de Marie-Victoire Louis

Fin 1912, Emma Couriau, femme de typographe, typote elle-même depuis 17 ans, est embauchée au tarif syndical, dans une imprimerie syndiquée, à Lyon, où le couple vient s’installer. « C’est le métier qui me fait vivre. Je n’en connais pas d’autre », dira-t-elle.

Au terme de six mois de travail, en avril 1913, elle demande son admission à la chambre syndicale typographique lyonnaise. Selon son mari, c’est « lui [qui] l’invita à faire sa demande d’admission »[1] : « [J’avais] cru bon de lui inculquer quelques idées sur l’émancipation des femmes, éducation qui ne peut que servir le mouvement ouvrier » dira-t-il[2]. Aussi, « appuie-t-il d’un mot sa demande qu’autorisaient ses 19 années de syndicalisme militant »[3]. Elle écrivit, pour sa part qu’elle « était convaincue, par la lecture et l’audition de ses camarades féministes et syndicalistes, que la place de tous les exploités, à quelque sexe qu’ils appartiennent, est au syndicat. »[4] Continuer la lecture de L’affaire Couriau – Marie-Victoire Louis

Petite histoire de l’anarchisme chinois – 2/4 – Agathe Senna

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Le texte sur lundi.am
Le site autour de La revanche des femmes par les éditions de l’Asymétrie

Cet article fait suite à la présentation de l’anarchisme chinois que nous avions publiée il y a quelques semaines [disponible sur tarage.noblogs.org – nde]. Cette semaine, Agathe Senna nous présente He-Yin Zhen (1884 – ca. 1920), essayiste et théoricienne féministe et anarchiste.

« En Chine, depuis la nuit des temps et jusqu’à aujourd’hui, c’est un système profondément inégalitaire qui a été instauré, un système de maintien de femmes-esclaves. Depuis les temps les plus reculés, lorsque les hommes posent les yeux sur les femmes, c’est avec le même regard qu’ils contemplent
les esclaves et les servantes »[1] Continuer la lecture de Petite histoire de l’anarchisme chinois – 2/4 – Agathe Senna

Ni les femmes, ni la terre ! – Marine Allard, Lucie Assemat et Coline Dhaussy

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« Ni les femmes ni la terre » est un film documentaire réalisé par les autrices de ce texte sorti en 2018. En Argentine et en Bolivie, ces femmes des favelas combattent pour le droit à disposer de leur corps. Elles luttent contre les violences faites aux femmes et pour un changement de cap des modèles économiques capitalistes.

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Nous sommes trois jeunes femmes françaises impliquées dans un projet documentaire sur les initiatives féministes et altermondialistes en Amérique latine. Nous venons d’horizons variés : milieu de l’audiovisuel et de l’art, sociologie du genre et militance féministe, travail social spécialisé dans les violences de genre. Continuer la lecture de Ni les femmes, ni la terre ! – Marine Allard, Lucie Assemat et Coline Dhaussy

10 raisons de lutter pour la décriminalisation du travail du sexe – Maria Nengeh Mensah et Chris

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Les lois canadiennes actuelles criminalisent les personnes qui exercent le travail du sexe, leurs client.e.s, les propriétaires et les gestionnaires des agences ou des établissements où elles travaillent, ainsi que les chauffeurs qui les transportent. Cette situation pousse le travail du sexe dans l’ombre et affaiblit notre capacité à combattre la coercition, l’exploitation au travail, le mépris et la violence envers les travailleuses et travailleurs du sexe. Continuer la lecture de 10 raisons de lutter pour la décriminalisation du travail du sexe – Maria Nengeh Mensah et Chris

La radicalité politique du Théâtre de l’opprimé – Sophie Coudray

Lire le texte sur le site de Période
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Le théâtre de l’opprimé, plus souvent pensé sous la forme du théâtre-forum, est devenu l’un des passages obligés des mouvements sociaux, et même, au-delà, des happening soi-disant participatifs sous l’égide des entreprises ou des subventions publiques. À l’opposé de ses objectifs initiaux, nés du théâtre populaire brésilien et de ses apories, le théâtre de l’opprimé a été éreinté par des formes qui tiennent davantage de la communion (militante) ou du travail social. Dans cet article polémique, Sophie Coudray retrace la généalogie du théâtre de l’opprimé et relativise la place qu’a fini par y prendre le « forum », ces représentations publiques où les spectateurs sont invités à intervenir dans une scène d’oppression jouée par les acteurs. La poétique de l’opprimé est en grande partie hostile à la forme spectaculaire ; c’est une poétique de l’atelier, de l’expérimentation, du processus plutôt que du produit achevé, exposable, commercialisable. Boal propose une méthode générale de transmission des techniques théâtrales à l’usage des subalternes, pour se réapproprier le temps de la pensée et l’espace d’expression des corps. Là réside toute la radicalité de ce théâtre : refuser le spectacle pour s’exercer à la politique. Continuer la lecture de La radicalité politique du Théâtre de l’opprimé – Sophie Coudray

Des ateliers de confection aux lignes d’assemblage des bébés – Sharmila Rudrappa

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Le texte sur le site Cairn

Mars 2011, au domicile de Sita, Bangalore.[1]

« Moi et ma sœur, nous sommes ouvrières dans la confection. Nos vies, c’est l’enfer, l’enfer. Notre univers est détruit, détruit », déclare Lalitha sur un ton dramatique[2]. Ma première visite à Bangalore, surnommée la Silicon Valley indienne du fait des industries du software qui abondent dans la région, touche alors à sa fin. En ce soir de mars, je suis assise avec une quinzaine d’ouvrières de la confection, sur les marches de la maison de l’une d’entre elles, dans un quartier où les usines textiles sont nombreuses.

Je m’étais rendue à Bangalore pour étudier son positionnement de plus en plus important sur le marché transfrontalier du soin reproductif[3], en particulier celui de la gestation pour autrui (GPA). Deux semaines auparavant, j’avais passé deux semaines dans un foyer tenu par Creative Options for Women (COTW), menant des entretiens avec des mères porteuses[4]. J’y appris que, pour la plupart, les femmes vivant sur place étaient auparavant des ouvrières de la confection. Lancée sur la piste d’une activité postindustrielle et transfrontalière, la GPA, je me retrouvais de manière inattendue devant la sortie de secours d’une activité industrielle : la production textile. La ligne de production de vêtements s’avérait ainsi la voie royale vers la ligne d’assemblage reproductive, via la vente d’ovules et la GPA. Je développerai l’argument que l’histoire de ces femmes ayant décidé de devenir mères porteuses est indissolublement liée à leur statut antérieur de travailleuses salariées, en l’occurrence d’ouvrières de la confection. Continuer la lecture de Des ateliers de confection aux lignes d’assemblage des bébés – Sharmila Rudrappa

Invisible pénibilité du travail féminin – Cécile Andrzejewski

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Texte et photos sur le site du monde diplomatique

Texte de la brochure :

Quand elle a appris qu’elle devait arrêter de travailler, Mme Béatrice Boulanger, aide à domicile, en a pleuré : « Je les aimais bien, mes mamies et mes papys », explique-t-elle en souriant. En ce samedi matin ensoleillé, dans le Pas-de-Calais, elle a d’abord pris le temps de servir le thé, qu’elle touille en énumérant ses soucis : une prothèse d’épaule, de l’omarthrose (usure du cartilage de l’articulation de l’épaule), un rétrécissement du rachis cervical, de l’arthrose cervicale et une rhizarthrose (arthrose de la base du pouce). « Tous mes problèmes de santé viennent des charges que j’ai dû soulever, c’est le chirurgien qui me l’a dit. » Le praticien lui a également confié qu’elle avait « un corps de vieillard », à 52 ans. Continuer la lecture de Invisible pénibilité du travail féminin – Cécile Andrzejewski

Aux jeunes gens – Piotr Kropotkine

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Texte de la brochure :

Notes sur le dégenrage du texte

Le texte présenté ici a 140 ans. Les personnes à qui s’adresse Kropotkine sont des jeunes hommes, la société d’alors séparant très distinctement les rôles de genre.

Les études étaient réservées aux hommes, bien qu’en France, Julie-Victoire Daubié obtienne en 1861 le premier baccalauréat ès lettres décerné à une femme, Emma Chenu en 1863 le premier baccalauréat ès sciences, et Madeleine Brès en 1875 le premier diplôme de docteur en médecine. Ces pionnières sont pourtant des exceptions, devant encore fournir l’autorisation de leur mari pour se voir décerner leur diplôme.

Dans les premières parties du texte, Kropotkine utilise le masculin pour définir la classe ouvrière, et fait ensuite référence aux femmes comme étrangères à cette classe, tout en laissant une ouverture dans un exemple, en parlant du travail journalier que ces dernières effectuaient. C’est un des biais tant de l’histoire du capitalisme que de la vision que nous avons encore à présent des prolétaires : les ouvrières n’étaient ni une minorité du groupe des femmes, ni une minorité de la classe ouvrière. Reléguées aux emplois sous-payés, exploitées tant par le capitalisme que par le patriarcat lors de la double journée de travail, elles sont les grandes absentes des destinataires de la propagande politique et syndicaliste de l’époque, exclues par la précarité de leurs contrats, souvent journaliers, et la nature de service domestique de la majorité de leur travail.[1] Continuer la lecture de Aux jeunes gens – Piotr Kropotkine

Les ouvrières de la mode, entre luxe et blouse – Giulia Mensitieri

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Lire le texte sur AOC

Texte de la brochure :

Les couturières, les « petites mains » de la mode, passent habituellement inaperçues, cachées derrière le faste des images du luxe. Elles ont été révélées en pleine crise sanitaire, quand certains soignants devaient porter des sacs-poubelles en guise de blouse. La notion de « confection » de vêtements a alors repris tout son sens et son importance symbolique, comme une invitation à repenser notre rapport à la mode, ce secteur si important dans l’économie et l’imaginaire français.

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Que vous apparteniez à la catégorie de celles et ceux qui pendant le confinement n’ont négligé aucun élément de leur accoutrement, ou alors que vous n’ayez pas quitté pendant plusieurs semaines vos vêtements de sport, vous aurez probablement constaté que vous avez beaucoup trop d’habits.

L’industrie de la mode est en France plus puissante que celles de l’automobile et de l’aéronautique. En 2016, elle représentait 150 millions d’euros de chiffre d’affaire direct, 2,7 du PIB et 580 000 emplois directs. Cette économie de la richesse va de pair avec une économie du gaspillage et de la pollution : 30 % des habits achetés par les Français ne sont jamais portés et s’entassent dans les 600 000 tonnes de textile qui sont jetées chaque année.

Les habits sont une affaire sérieuse en France, et ils occupent une place importante dans les consommations, les métiers, les désirs, les villes, les rues et les espaces de rangement des Français·e·s. Fermez les yeux un instant, et essayez de vous figurer tous les vêtements qui depuis le début du confinement attendaient dans les magasins de votre ville. Parcourez-les, ces rues marchandes, ces grands magasins, ces centres commerciaux, ces rayons, ces étagères, ces cintres, et multipliez-les à l’échelle de la nation. C’est vertigineux. Continuer la lecture de Les ouvrières de la mode, entre luxe et blouse – Giulia Mensitieri

Microentreprise, une machine à fabriquer des pauvres – Jean-Philippe Martin

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Lire le texte sur le site du Monde Diplomatique

Texte de la brochure :

Quand, en 2008, est créé le statut d’autoentrepreneur, les reportages enthousiastes fleurissent un peu partout. Neuf ans plus tard, les forçats du vélo font grève pour être payés correctement, les chauffeurs Uber sont en procès avec la plate-forme, les « indépendants » se mobilisent. En moyenne, les microentrepreneurs gagnent… 410 euros par mois, moins que le revenu de solidarité active (RSA).

u cœur de l’été 2017, le 11 août, en début de soirée, de gros sacs isothermes vert et gris s’entassent au pied de la statue de la République à Paris. À côté de leur barricade improvisée, plusieurs dizaines de livreurs de repas à vélo, travaillant en tant qu’autoentrepreneurs sous les couleurs de la multinationale britannique Deliveroo, s’accoudent à leurs guidons. Juridiquement parlant, comme ils sont travailleurs indépendants et non salariés, ils ne sont pas en grève : ils sont « déconnectés ». « C’est qui, les patrons ? » M. Jérôme Pimot, cofondateur du Collectif des livreurs autonomes de Paris (CLAP), retourne le stigmate, hilare. « On est des patrons, oui. On doit entreprendre ? Allons-y ! Mais nous, c’est quand on fait masse qu’on a une chance de commander ! »

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