Luttes d’hier, luttes d’aujourd’hui : conversations avec des féministes révolutionnaires — Charlène Calderaro

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Texte de la brochure :

À propos de l’ouvrage : Brenna Bhandar and Rafeef Ziadah (eds.), Revolutionary Feminisms. Conversations on Collective Action and Radical Thought. London, Verso, 2020.

Revolutionary Feminisms compile dix entretiens menés par Brenna Bhandar1 et Rafeef Ziadah2, avec des activistes et universitaires engagées dans les mouvements féministes antiracistes, anticapitalistes, marxistes, queer et anti-carcéraux. Elles ont pour point commun d’avoir toutes participé, dès les années 1960-70, à la construction de mouvements et de théories féministes ancrés dans la résistance anticoloniale, antiraciste et anticapitaliste, principalement au Royaume-Uni, aux États-Unis et au Canada.

Sous forme de conversations, ces pages nous replongent dans l’histoire de la fondation de groupes et d’associations ayant joué un rôle de résistance clé, issues notamment du Black feminism – tels que l’OWAAD (Organisation of Women of African and Asian Descent) ou le Southall Black Sisters – et issues du féminisme marxiste, telle que la campagne Wages for Housework menée aux États-Unis et en Europe pour la reconnaissance du travail domestique.

Les mouvements féministes qu’aborde cet ouvrage ont également pour affinité de s’être formés en résistance à un mouvement féministe blanc et libéral. Brenna Bhandar et Rafeef Ziadah nous rappellent ces mots de Julia Sudbury, évoquant sa préférence pour le terme « womanist » au lieu de « feminist » :

« Le « womanism » est également symbolique de ma responsabilité envers une communauté de militantes noires pour lesquelles le terme « féministe » est associé aux luttes quotidiennes contre l’exclusion raciste des organisations de femmes blanches »3.

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Des ateliers de confection aux lignes d’assemblage des bébés – Sharmila Rudrappa

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Le texte sur le site Cairn

Mars 2011, au domicile de Sita, Bangalore.[1]

« Moi et ma sœur, nous sommes ouvrières dans la confection. Nos vies, c’est l’enfer, l’enfer. Notre univers est détruit, détruit », déclare Lalitha sur un ton dramatique[2]. Ma première visite à Bangalore, surnommée la Silicon Valley indienne du fait des industries du software qui abondent dans la région, touche alors à sa fin. En ce soir de mars, je suis assise avec une quinzaine d’ouvrières de la confection, sur les marches de la maison de l’une d’entre elles, dans un quartier où les usines textiles sont nombreuses.

Je m’étais rendue à Bangalore pour étudier son positionnement de plus en plus important sur le marché transfrontalier du soin reproductif[3], en particulier celui de la gestation pour autrui (GPA). Deux semaines auparavant, j’avais passé deux semaines dans un foyer tenu par Creative Options for Women (COTW), menant des entretiens avec des mères porteuses[4]. J’y appris que, pour la plupart, les femmes vivant sur place étaient auparavant des ouvrières de la confection. Lancée sur la piste d’une activité postindustrielle et transfrontalière, la GPA, je me retrouvais de manière inattendue devant la sortie de secours d’une activité industrielle : la production textile. La ligne de production de vêtements s’avérait ainsi la voie royale vers la ligne d’assemblage reproductive, via la vente d’ovules et la GPA. Je développerai l’argument que l’histoire de ces femmes ayant décidé de devenir mères porteuses est indissolublement liée à leur statut antérieur de travailleuses salariées, en l’occurrence d’ouvrières de la confection. Continuer la lecture de Des ateliers de confection aux lignes d’assemblage des bébés – Sharmila Rudrappa

Invisible pénibilité du travail féminin – Cécile Andrzejewski

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Texte et photos sur le site du monde diplomatique

Texte de la brochure :

Quand elle a appris qu’elle devait arrêter de travailler, Mme Béatrice Boulanger, aide à domicile, en a pleuré : « Je les aimais bien, mes mamies et mes papys », explique-t-elle en souriant. En ce samedi matin ensoleillé, dans le Pas-de-Calais, elle a d’abord pris le temps de servir le thé, qu’elle touille en énumérant ses soucis : une prothèse d’épaule, de l’omarthrose (usure du cartilage de l’articulation de l’épaule), un rétrécissement du rachis cervical, de l’arthrose cervicale et une rhizarthrose (arthrose de la base du pouce). « Tous mes problèmes de santé viennent des charges que j’ai dû soulever, c’est le chirurgien qui me l’a dit. » Le praticien lui a également confié qu’elle avait « un corps de vieillard », à 52 ans. Continuer la lecture de Invisible pénibilité du travail féminin – Cécile Andrzejewski

La théorie de la Fiction-Panier – Ursula K. Le Guin

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La brochure en format cahier : la théorie de la Fiction-Panier brochure

Lire le texte sur le site de Terrestres

Texte de la brochure :

Dans les régions tempérées et tropicales où les hominidés sont devenus des êtres humains, l’alimentation de ces espèces était principalement d’origine végétale. Au Paléolithique, au Néolithique et à l’époque préhistorique, entre 65 et 80 % de ce que mangeaient les êtres humains dans ces régions était cueilli ; la viande ne constituait l’alimentation de base que dans l’extrême Arctique. Les chasseurs de mammouth occupent certes de façon spectaculaire les grottes et les esprits, mais ce que nous devions réellement faire pour rester gras et vivant, c’était cueillir des graines, des racines, des bourgeons, des jeunes pousses, des feuilles, des noix, des baies, des fruits, et des céréales, auxquels s’ajoutaient la collecte d’insectes et de mollusques, ainsi que le piégeage d’oiseaux, de poissons, de rongeurs, de lapins et autre menu fretin sans défense afin d’augmenter les apports de protéines. Et nous n’avions même pas besoin d’y travailler dur – beaucoup moins durement en tout cas que des paysans asservis dans le champ d’un autre depuis l’invention de l’agriculture, beaucoup moins que des travailleurs salariés depuis l’invention de la civilisation. Un humain préhistorique moyen pouvait vivre bien en travaillant environ quinze heures par semaine. Continuer la lecture de La théorie de la Fiction-Panier – Ursula K. Le Guin

L’écoféminisme en question – Janet Biehl

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Texte de la brochure :

En 1991, l’essayiste étasunienne Janet Biehl faisait paraître son livre Rethinking Ecofeminist Politics : une critique résolue du mouvement écoféministe. Bien que consciente de la diversité des courants qui traversent ce dernier, l’autrice y perçoit un renoncement global à certains des idéaux du féminisme. Dans l’extrait que nous traduisons ici, Biehl dénonce tout particulièrement la réhabilitation de l’oikos — la maison —, du « foyer » et du « care » pour mieux louer la Cité, la chose publique, bref, la politique, entendue sous sa plume comme radicalement démocratique et écologique. Face à ce qu’elle perçoit comme des « replis mystiques régressifs » et un « dénigrement direct ou indirect de la raison », l’écologiste sociale enjoint à travailler à « un ensemble d’idées antihiérarchique, cohérent, rationnel et démocratique ». Continuer la lecture de L’écoféminisme en question – Janet Biehl

Théorisation de l’accumulation primitive dans L’Impérialisme et dans La condition de l’homme moderne : Hannah Arendt, lectrice de Rosa Luxemburg — Laura Aristizabal Arango

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Lire le texte original (anglais) sur Les Cahiers du GRM

Texte de la brochure :

L’évidence d’un héritage

En 1948, paraît L’Impérialisme, deuxième tome des Origines du totalitarisme dans lequel Arendt étudie les causes et les mécanismes de la politique impérialiste européenne de la fin du 19e siècle en tant qu’elle constitue à ses yeux, au même titre que l’antisémitisme, l’un des éléments structurels du totalitarisme. Les études qui portent sur ce tome des Origines du totalitarisme ont relevé qu’Arendt construit son étude de l’impérialisme en héritant des thèses que Rosa Luxemburg avance dans L’accumulation du capital (1913) à propos de l’accumulation primitive du capital. Cette évidence vient des textes mêmes d’Arendt : non seulement dans L’Impérialisme Arendt mentionne les « brillantes recherches de Luxemburg à propos de la structure politique de l’impérialisme » mais, en outre, en 1966, Arendt consacre un texte-hommage à Rosa Luxemburg, dans lequel elle affirme, contre les critiques marxistes « orthodoxes » de Luxemburg, que L’accumulation du capital était une « description éminemment fidèle des choses telles qu’elles se produisaient en réalité ». Par la suite, de nombreux·ses commentateur·rices ont rappelé la dette d’Arendt vis-à-vis de la compréhension luxemburgienne de l’accumulation primitive. Pour n’en citer que quelques-un·es : Elisabeth Young-Bruehl remarque dans la biographie qu’elle consacre à Hannah Arendt (1999) que les thèses de Luxemburg sur l’impérialisme étaient pour Arendt un outil théorique non seulement dans la compréhension de l’impérialisme européen de la fin du 19siècle mais aussi dans celle de l’impérialisme américain au Vietnam et en Amérique latine ; David Harvey, quant à lui, situe ses thèses sur « l’accumulation par dépossession » dans une généalogie qu’il fait remonter à Rosa Luxemburg et à Hannah Arendt ; pour sa part, Anne Amiel rappelle que dans L’Impérialisme Arendt dialogue avec « l’historiographie marxienne – à commencer par Rosa Luxemburg envers laquelle elle est débitrice ».

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Si la justice exclut les animaux, elle demeure partielle — Dalila Awada Suivi de Féminisme et cause animale — Christiane Bailey et Axelle Playoust-Braure

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Texte de la brochure :

Si la justice exclut les animaux, elle demeure partielle

Dalila Awada

« C’est l’une des prochaines arènes majeures de la lutte », lançait Angela Davis en 2012 à propos de la question animale. Et de poursuivre : il est temps de mettre en place d’autres relations humaines et non-humaines. Fidèle à cette tradition émancipatrice1, la cofondatrice de l’organisation Paroles de femmes, Dalila Awada, militante féministe et antiraciste québecoise, revient avec nous sur son engagement en faveur des animaux. On a tout à gagner, avance-t-elle, à considérer que la vie humaine n’est pas la seule à avoir de la valeur — et donc à placer l’abolition de l’exploitation animale au cœur du combat collectif contre l’ordre capitaliste, sexiste et raciste.

Votre position est inconfortable, dites-vous : le mouvement animaliste fait parfois preuve de racisme et le mouvement antiraciste perçoit parfois la cause animale comme secondaire, ou comme une affaire de « bourgeois blancs ». Comment sortir de ces impasses ?

D’emblée, je précise que ce n’est pas le mouvement animaliste et le mouvement antiraciste qui sont réfractaires de part et d’autre : ce sont des parties de ces mouvements. Il y a aussi des gens qui travaillent à créer des ponts. D’autres encore ne s’en préoccupent pas, sans toutefois verser dans la décrédibilisation. Mais, de manière générale, il y a effectivement de la réticence à intégrer ces deux luttes ensemble. Je le comprends bien. Les liens sont aujourd’hui évidents pour moi parce que j’y ai consacré du temps, mais on ne nous a pas habitués à penser la cause animale et la cause antiraciste ensemble. Je crois pourtant qu’on gagne à ne pas établir une hiérarchie entre les deux : un être qui souffre est un être qui souffre. Ce n’est pas de la sentimentalité excessive de le dire : la compassion est aussi une manière pragmatique d’être au monde. Plusieurs chercheuses et chercheurs ont noté qu’une des choses qui structure à la fois le racisme et le spécisme2, c’est la minimisation, l’occultation ou le déni de la souffrance de ceux qui sont considérés différents. Et parce que leur souffrance nous touche moins, on arrive à fermer les yeux ou à justifier les injustices et les inégalités qui provoquent ces souffrances. Concrètement, s’investir dans l’une ou l’autre de ces causes est exigeant. On ne peut pas se diviser à l’infini. Une des approches qui peut être adoptée est celle de la non-agression : on peut ne pas adhérer ou ne pas vouloir y consacrer du temps, sans pour autant miner les efforts de celles et ceux qui travaillent dans d’autres mouvements.

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Justice transformatrice – Description rapide – Mia Mingus

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Texte de la brochure :
Ce texte a été écrit pour une intervention sur la justice transformatrice (JT) que j’ai faite et je la partage aujourd’hui pour qu’elle serve à d’autres dans leur travail. Cela devait être une courte description pour les gens qui ne connaissent pas le cadre et l’orientation de la JT et qui n’ont pas le temps ni la possibilité de lire un document long. Ce n’est pas une histoire de la JT, ni un rappel dans le détail de chaque composante de la JT, ni même un tour complet de tout ce qui est mentionné ici. C’est une première tentative de description de quelque chose de difficile à décrire. J’espère que ce sera un point de départ, pas une conclusion et que cela sera utile à certain.es d’entre vous.

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Abolir la police ? Pour les militant.es de terrain, c’est moins absurde qu’il n’y paraît.

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Texte de la brochure :

Avant ce moment sur Fox News, Jessica Disu ne s’était jamais considérée comme étant une abolitionniste de la police. Mais le 11 Juillet, elle était sur une chaîne nationale, parmi 29 autres personnes assemblées par Megyn Kelly pour débattre des meurtres récents de Alton Sterling, Philando Castile et de plusieurs officiers de police de Dallas.

« J’avais l’impression que cela allait être une discussion riche et productive, même s’il s’agissait de Fox News », dit Disu, âgée de 27 ans, qui s’identifie comme une ‘activiste pacifiste et artiste de rap humanitaire’ et qui prend part à diverses associations pour les jeunes des quartiers sud de Chicago. Elle avait préparé son discours avant l’émission : « Ce devrait être illégal pour un agent de police de tirer sur un civil. C’était le message que je voulais faire passer. »

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Les ouvrières de la mode, entre luxe et blouse – Giulia Mensitieri

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Texte de la brochure :

Les couturières, les « petites mains » de la mode, passent habituellement inaperçues, cachées derrière le faste des images du luxe. Elles ont été révélées en pleine crise sanitaire, quand certains soignants devaient porter des sacs-poubelles en guise de blouse. La notion de « confection » de vêtements a alors repris tout son sens et son importance symbolique, comme une invitation à repenser notre rapport à la mode, ce secteur si important dans l’économie et l’imaginaire français.

*

Que vous apparteniez à la catégorie de celles et ceux qui pendant le confinement n’ont négligé aucun élément de leur accoutrement, ou alors que vous n’ayez pas quitté pendant plusieurs semaines vos vêtements de sport, vous aurez probablement constaté que vous avez beaucoup trop d’habits.

L’industrie de la mode est en France plus puissante que celles de l’automobile et de l’aéronautique. En 2016, elle représentait 150 millions d’euros de chiffre d’affaire direct, 2,7 du PIB et 580 000 emplois directs. Cette économie de la richesse va de pair avec une économie du gaspillage et de la pollution : 30 % des habits achetés par les Français ne sont jamais portés et s’entassent dans les 600 000 tonnes de textile qui sont jetées chaque année.

Les habits sont une affaire sérieuse en France, et ils occupent une place importante dans les consommations, les métiers, les désirs, les villes, les rues et les espaces de rangement des Français·e·s. Fermez les yeux un instant, et essayez de vous figurer tous les vêtements qui depuis le début du confinement attendaient dans les magasins de votre ville. Parcourez-les, ces rues marchandes, ces grands magasins, ces centres commerciaux, ces rayons, ces étagères, ces cintres, et multipliez-les à l’échelle de la nation. C’est vertigineux. Continuer la lecture de Les ouvrières de la mode, entre luxe et blouse – Giulia Mensitieri